Avenir du projet d'institut régional de cancérologie (IRC) à Rennes

Avenir du projet d'institut régional de cancérologie (IRC) à Rennes

7 août 2026

Avenir du projet d'institut régional de cancérologie (IRC) à Rennes

 

Alors que le Centre régional de lutte contre le cancer (Centre Eugène Marquis) et le Centre Hospitalier Universitaire de Rennes travaillent en collaboration dans le domaine de la cancérologie, il existe des incertitudes sur l'avenir du projet d'Institut Régional de Cancérologie (IRC) alors que le Centre Eugène Marquis souhaiterait acquérir le site actuellement propriété du CHU pour y conserver et développer ses activités. 

 

À l'initiative de Madame Christine Le Nabour, Députée de la 5e circonscription d'Ille-et-Vilaine, j'ai cosigné un courrier adressé à Monsieur Frédéric Varnier, Directeur général de l'Agence Régionale de Santé Bretagne. Vous le trouverez ci-dessous. Je vous en souhaite bonne lecture.

 

"Monsieur le Directeur général,

 

Nous, députés Bretilliens, venons vous faire part de notre interrogation quant à la poursuite du projet d’Institut Régional de Cancérologie (IRC).

 

Historiquement, le Centre Eugène Marquis (CEM) et le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Rennes ainsi que leurs équipes, travaillent ensemble et entretiennent une collaboration en cancérologie, formalisée au sein d’un Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) avec la clinique mutualiste de la Sagesse depuis 2007. Dans le cadre du projet global du CHU et de son nouveau schéma directeur, cette collaboration CEM-CHU devait se traduire par un IRC. Initié il y a près de 10 ans et nécessitant un investissement public de plus de 140 millions d’euros, ce projet devait regrouper dans un seul et même bâtiment, les activités ambulatoires de cancérologie des deux établissements en incluant le soin, les soins de support, la recherche clinique, la biologie spécialisée du cancer et les unités de recherche INSERM. Le premier appel d'offres du bâtiment IRC a été déclaré sans suite en octobre 2023 en raison d'un dépassement majeur (60 %) de l'enveloppe initiale (passage de 140 millions d’euros à 220 millions d’euros).

 

La direction qui -comme vous le savez- est composée de soignants, fait part de sa grande réserve quant à la poursuite de ce projet, sur lequel elle a pourtant travaillé durant 10 ans.

 

Aujourd’hui, au-delà des coûts supplémentaires qui interrogent la réalisation et soutenabilité d’un tel projet, il est effectivement permis de s’interroger sur le bénéfice, tant pour les patients que pour les professionnels de santé. 

 

En effet, ce projet provoquerait un morcèlement du CEM en 7 plateaux, risquant d’entraîner une rupture du parcours en cancérologie : perte de qualité et de sécurité pour le patient, mais aussi d’efficience et d’attractivité pour les professionnels de santé. Par ailleurs et selon la direction, cette dégradation entrainerait la perte du label européen d’excellence en cancérologie obtenu en 2025 par le CEM pour sa cancérologie intégrée d’excellence (OECI Compréhensive Cancer Center). Le projet, initialement ambitieux, semble donc aujourd’hui régressif par rapport à l’existant.

 

Nous avons par ailleurs, sur le territoire national, un retour d’expérience qui devrait pouvoir contribuer à notre réflexion collective quant à la poursuite de ce projet. En effet, le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur le projet d’Institut de CANcérologie de Strasbourg Europe (ICANS) est sévère et sans appel ; il nous éclaire particulièrement sur les ruptures dans les parcours des patients ; ruptures sur lesquelles nous alerte précisément la direction du CLCC Eugène Marquis ; les différents constats de l’IGAS ont d’ailleurs conduit à décider la dissolution du GCS le 31 décembre dernier. Autant d’alertes qui doivent nous permettre de tirer collectivement les enseignements de cet échec, afin de ne pas reproduire des erreurs qui viendraient entamer la crédibilité de l’action publique sur notre territoire.

 

Enfin, la crédibilité de l’action publique dépend aussi et plus que jamais, de notre capacité à utiliser efficacement les deniers publics. C’est une impérieuse nécessité. Dans le contexte qui est celui de nos finances publiques et au-delà des surcoûts exposés plus haut, il nous faudrait justifier la dépense de 50 millions d’euros pour le déplacement -à une distance de 50 mètres- des bunkers de radiothérapie, récemment rénovés qui plus est. Là encore, il est permis de s’interroger : quel intérêt pour le patient ? Quel intérêt pour les professionnels de santé ? Quel intérêt pour l’Assurance maladie ? Le CEM dispose de technologies de pointe telle que l’IRM-linac en radiothérapie ; avant-gardiste, le centre participe au développement de la méthode "Tracking" consistant, via cette technologie, à un traitement toujours plus précis donc efficace.

 

Le coût d’un tel équipement est de l’ordre de 6 à 8 millions d’euros, hors bâtiment ; ces investissements d’avenir doivent être priorisés dans l’intérêt de tous et en premier lieu pour les patients, l’accès à l’innovation étant crucial pour guérir davantage avec une qualité de vie préservée.

 

Au regard de tous ces éléments et au-delà de la poursuite du projet d’IRC qui pose question, il nous semble que le souhait de la direction du CEM d’acquérir le terrain sur lequel il est situé, doit être étudié avec la plus grande attention ; occupant le site depuis plus de 100 ans et dont la propriété est celle du CHU, le bail emphytéotique court jusqu’en 2030. À ce jour, le CEM ne dispose d’aucune visibilité sur le prolongement de ce dernier ou sur l’opportunité de l’acquérir.

 

Cette acquisition lui permettrait de continuer à investir, et ce sans recourir à l’argent public, en poursuivant sa gestion rigoureuse. En effet, l’activité du CEM est croissante, avec la nécessité d’investissement immobilier pour continuer à accueillir les patients dans les meilleurs délais et conditions. Les équipes du CHU impliquées en cancérologie qui le souhaitent, continueront évidemment d’être accueillies afin de conserver une dynamique commune au service des patients, avec une faisabilité financière démontrée.

 

Vous remerciant de l’intérêt que vous porterez à notre courrier, nous restons à votre entière disposition pour en échanger. Dans l’attente de votre position sur ces sujets, veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, l’expression de notre considération distinguée."

 

Signataires :

 

Christine LE NABOUR – Députée de la 5ème Circonscription d’Ille-et-Vilaine

Claudia ROUAUX – Députée de la 3ème circonscription d’Ille-et-Vilaine

Thierry BENOIT – Député de la 6ème circonscription d’Ille-et-Vilaine